La morale à l’école : entre paternalisme et minimalisme

Publié le 22 Septembre 2012

On peut lire ci-dessous le projet d'une intervention que je dois faire prochainement dans le cadre d'un séminaire de philosophie organisé par certains collègues de l'IUFM de Bordeaux consacré à la question suivante : Ethique et déontologie dans l'Education Nationale.

 

 

Dans son discours du 2 septembre 1811 (in Textes pédagogiques, trad. B. Bourgeois, Vrin, 1990), Hegel note que l’école est « une situation éthique particulière dans laquelle l’homme séjourne et où il reçoit une formation pratique en étant accoutumé à des rapports effectifs. Elle est une sphère qui a son propre matériau et objet, son propre droit et sa propre loi, ses punitions et ses récompenses, et, en vérité, elle est une sphère qui forme un degré essentiel dans le développement du caractère éthique total ». Et, en effet, l’institution scolaire était alors – et plus encore quelques décennies plus tard, lors de l’instauration de l’école républicaine en France - en charge de la formation éthique (et politique) des individus, formation qui leur permettait d’accéder au statut d’un sujet moral (et d’un citoyen) dont le comportement obéissait aux principes d’un agir régulé par des normes. Il est vrai que cette entreprise de formation s’apparentait largement à une entreprise disciplinaire (même si, du moins chez Hegel, cette discipline était empreinte d’un réel libéralisme dont témoigne le discours évoqué ci-dessus) de telle sorte que l’école, en particulier dans sa version républicaine, fonctionnait « comme une institution » (F. Dubet). Ce paternalisme autoritaire a aujourd’hui cédé la place à une forme de minimalisme éthique dans la mesure où l’école ne dispose plus que d’une faible autorité normative, alors même qu’elle n’a sans doute jamais eu autant de pouvoir dans la fabrication des destins individuels et sociaux. Les « rapports effectifs » auxquels les élèves sont désormais accoutumés sont orientés par les règles d’une compétition interindividuelle qui privilégie la forme de l’agir instrumental et stratégique.

 Une troisième voie est-elle envisageable qui permette d’échapper aux ambiguïtés de ce libéralisme scolaire sans pour autant céder à la tentation d’une restauration autoritaire de la normativité de l’institution ?

 

Rédigé par roger monjo

Publié dans #recherches

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