Que nul ne puisse se plaindre d'avoir été écarté ...

Publié le 19 Décembre 2012

Je suis invité à intervenir en mars prochain, à Nantes, dans le cadre d'un symposium consacré à la question du minimalisme moral en éducation. Voici mon projet d'intervention qui s'inscrit dans le prolongement de ma participation à la journée d'études organisée en septembre dernier à Bordeaux (voir mon billet précédent) : 

 

 

 

Titre de l’intervention : Que nul ne puisse se plaindre d’avoir été écarté

 

L’adoption d’une approche s’inspirant du minimalisme moral pour élaborer une éthique enseignante adaptée aux conditions actuelles de l’action pédagogique ne peut être que salutaire à une époque où, au contraire, le discours dominant en la matière est pétri d’injonctions paternalistes et moralisantes (les vertus émancipatrices de l’école obligatoire, l’égalité des chances comme idéal à atteindre,  le respect des principes de la laïcité comme condition absolue d’un vivre-ensemble harmonieux). Les effets déflationnistes qui en résulteraient, en rendant possible un regard plus réaliste et plus objectif sur le fonctionnement réel du système éducatif français, c’est-à-dire sur ses performances mais aussi ses dysfonctionnements, permettraient probablement d’échapper aux faux débats et aux affrontements idéologiques stériles qui n’ont souvent pour seul enjeu que la saturation de l’espace médiatique.

Sans contester, donc, l’intérêt de cette nouvelle perspective, on peut, malgré tout, s’interroger sur l’effectivité des bénéfices qui en résulteraient du point de vue de l’éthique enseignante. « Que nul ne puisse se plaindre d’avoir été écarté » : on peut, certes, lire dans cette formule par laquelle Condorcet résumait l’alternative à cette « obligation scolaire » dont l’instauration lui paraissait contraire aux ambitions émancipatrices de l’école républicaine,  une frappante anticipation de la règle centrale de l’éthique minimaliste aujourd’hui (« ne pas nuire à autrui »).

Pourtant, en la réduisant à cette stricte négativité, ne risque-t-on pas de perdre de vue les intuitions morales, plus consistantes que la simple garantie accordée à autrui de ne pas lui faire de mal, dont la formule du philosophe est porteuse et qui pourraient encore aujourd’hui inspirer l’éthique professionnelle enseignante : l’attention à porter à la plainte possible, le souci de la non exclusion ? C’est pourquoi, nous nous interrogerons pour finir sur les contributions qu’on peut attendre de l’éthique du care ou des théories de la reconnaissance à l’élaboration d’une éthique qui reste fidèle à la priorité donnée à l’émancipation tout en acceptant de prendre en charge les conditions effectives à satisfaire pour la mettre en œuvre.

 

PS : pour une traduction, aujourd'hui, de la recommandation condorcetienne, lire le rapport de la Cour des Comptes (dernier refuge d'une réflexion pédagogique un peu audacieuse?) sur l'orientation à la fin du collège (septembre 2012)

 

 

Rédigé par roger monjo

Publié dans #recherches

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