L'école républicaine et la théorie de la justice

Publié le 2 Octobre 2013

Je participe, le 17 octobre prochain, à une journée d'études sur « Philosophie(s) de l'éducation ; débats actuels, enjeux, perspectives épistémologiques » organisée par l’équipe de recherches CCLEPODI (Curricula Compétences Langage Évaluation Polyvalence Didactiques des Disciplines Interdisciplinarité) à Toulouse. Voici l'argumentaire que j'envisage de développer lors de ces rencontres.

La question de la justice scolaire est aujourd’hui une question centrale dans la perspective d’une réflexion plus générale sur les conditions de la justice sociale. Ce qui n’a pas toujours été le cas, car l’école n’a pas toujours occupé la position dominante qu’elle occupe désormais. Cette hégémonie est telle que l’école semble aujourd’hui en charge, totalement, de cette fonction de légitimation de l’ordre social qui doit, en particulier, rendre acceptables les inégalités et les rapports de pouvoir et de domination existant. Tout se passe comme si la pérennité du lien social et sa stabilité reposaient, pour l’essentiel, sur une reconnaissance partagée par tous les acteurs, quelle que soit leur position sociale, de la justice des verdicts prononcés par l’école.

L’égalité des chances et le principe méritocratique qui l’accompagne constituent, encore aujourd’hui, la réponse dominante, largement consensuelle, à cette question de la justice scolaire. Pourtant, cette adhésion massive dont l’égalité des chances, comme valeur centrale de l’école, est toujours l’objet ne manque pas d’être surprenante au regard de l’ampleur, mais aussi de la récurrence, de la critique que la sociologie, dès les années 1960, a développée à l’égard de cette croyance. On peut donc s’étonner de la confiance élevée que l’égalité des chances continue de susciter aujourd’hui. Mais là où la chose devient éminemment paradoxale, c’est lorsque ce sont les sociologues eux-mêmes, et parmi eux ceux qui ont participé (et participent encore) à cette critique, qui continuent à reconnaître dans l’égalité des chances une valeur indépassable pour penser la justice scolaire. Au point que leur discours semble affecté d’une tension insurmontable entre une analyse sociologique à visée critique et une approche philosophico-politique à visée apologétique. Comment comprendre ce paradoxe ?

Pour répondre à cette question, nous procéderons en deux temps : en utilisant la théorie de la justice de Rawls, nous proposerons d’abord une reconstruction idéal-typique de l’histoire de la méritocratie scolaire. Nous nous intéresserons ensuite à la situation présente pour comprendre le paradoxe en question.

Rédigé par roger monjo

Publié dans #recherches

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